GOUVERNANCE DES RISQUES SUR LES FRONTIERES ET LES MARGES

le 25 juin 2019
Le risque accompagne le changement, et induit potentiellement bénéfices et opportunités. Une meilleure gouvernance des risques suppose de permettre  aux sociétés de profiter du changement tout en en minimisant les risques associés. La gouvernance des risques globaux et systémiques demande de la cohésion entre les pays, et un processus inclusif dans les choix gouvernementaux, dans l’industrie, dans la vie universitaire et au sein de la société civile.
Sciences Po Grenoble - Amphi F
Lundi 29 janvier 2018
10h00 - 17h30


La gouvernance renvoie aux actions, processus, traditions et institutions par lesquels l’autorité s’exerce et les décisions sont prises et appliquées. Les concepts et outils de la gouvernance des risques comprennent la pré-évaluation des risques, l’expertise des risques, le suivi des risques, leur définition scientifique et sociale, la gestion des risques, et la communication sur le processus de gouvernance des risques.
 
Etant donné que les mécanismes de gouvernance évoluent beaucoup plus doucement que les processus de changement technologique et sociétal, les gouvernements, le secteur privé et le public en général s’inquiètent de l’absence de mécanismes de gouvernance permettant de traiter ces risques efficacement, de parvenir à des compromis entre des besoins et des intérêts différents voire contradictoires, ou de gérer des risques potentiels liés aux nouvelles technologies dans le contexte commercial globalisé. Les acteurs politiques sont en conséquence de plus en plus sensibilisésà l’importance de la communication, et de la réponse aux attentes du public sur la gouvernance des risques.
 
L’espace d’analyse proposé est ici celui des frontières et des marges. Les thèmes peuvent s’organiser en six grandes entrées : 
 
- La normativité :

La redéfinition contemporaine des frontières tend à déstabiliser les cadres de l’action collective et individuelle, à reformuler le système normatif (y compris la conception du travail, du service, de la domination, des besoins…), et à reconfigurer états-nations et territoires souverains. Sont concernés la définition de la population, les pôles d’attraction, la distance culturelle (pour que les frontières ne deviennent pas des marges), la connaissance des filières et des réseaux, les critères d’équité et d’efficacité, les pratiques de transgression de la loi et le lien entre illégalité et espace (commerce transnational de biens ordinaires, biodiversité, pollution, aménagement des territoires, droit de la mer…).
 
- L’informel / l’(il)légalité : 

L’Etat joue un rôle-clé dans la délimitation du légal et de l’illégal. Mais la mise en oeuvre de la loi a lieu de manière différente selon les dirigeants au pouvoir, et son instrumentalisation se fait selon leurs intérêts. 
Les relations locales entre agents de l’Etat et acteurs relèvent plus de la symbiose que de l’opposition; l’informel n’est pas en dehors mais au coeur de l’Etat.
Les activités informelles (parfois illégales) ont un impact spatial sélectif, et privilégient certains lieux comme les zones frontalières.
Les activités transnationales induisent de nouvelles hiérarchisations spatiales et identitaires, de nouvelles structurations de la dimension communautaire et de son intégration au système public (les Etats se « repositionnent » progressivement plutôt qu’ils ne s’effacent).
L’Etat reste un acteur central de nombreux flux informels et illégaux (commerce, pollution…), et la délimitation légal/illégal et risque/non-risque est une ressource et un instrument pour les dirigeants    au pouvoir; inversement, l’informel est résistance et forme de contestation face à l’Etat.

- Hiérarchisation et nouvelles structurations :

La frontière apparaît comme un espace contingent, éphémère et fluide, un lieu en devenir plutôt qu’une limite stable. Les exemples abondent, du projet de droit transnational sur le changement climatique aux flux migratoires, à l’environnement -eau…-, aux transports, aux réseaux sociaux en ligne, aux recompositions internes et internationales des territoires économiques, à la gestion internationale des désastres naturels, au transfert de la culture et à la force du multiculturalisme…
 
- Facteurs de stabilité et de transgression :

A une époque de tension entre l’évocation et l’éradication des lignes de démarcation, dans le contexte des nouvelles configurations du monde globalisé perçu à la fois comme une zone de migrations transnationales et un espace où les lignes de clivage communautaires sont violemment réaffirmées, quels facteurs influent sur les références et les connaissances, les lignes et les cadres rigides qui définissent l’individu, la société et la nation, offrant un sens de stabilité mais aussi de fixité et d’enfermement? Quels éléments suggèrent des ouvertures ou des lignes de fuite qui mettent au défi les divisions binaires et les partages arbitraires, et privilégient au contraire le partage et la transgression des frontières? Quelles méthodes facilitent l’autonomisation, entre récupération et domination?
 
- Interaction, échanges, et reconstruction permanente des représentations et de leur matérialité :

Plutôt que de blocage, de marquage et de dispute, il s’agit de traiter des interactions, des échanges, de la reconstruction permanente des frontières et des marges, en éclairant les représentations et leur matérialité, et en lien étroit avec les  technologies de contrôle pour prévenir, anticiper et transformer les flux dans le monde actuel de circulation rapide.
 
- Epistémologies enchâssées et globalisation :

Dans le monde globalisé, il y a la place et la nécessité pour des réflexions ancrées dans des épistémologies diverses, enchâssées dans des contextes nationaux et régionaux, aussi bien environnementaux qu’institutionnels. Différentes théories soulignent des composantes diverses du risque, liéesà la technologie ou au contraire à la structure économique globale qui rend les hommes et les territoires plus vulnérables. Une concentration sur l’échelle globale ne doit pas cacher que les processus globaux ne sont ni homogènes ni uniformes; leurs approches ne le sont pas non plus.
D’où les propositions selon lesquelles la référence à l’échelle globale est construite dans des champs nationaux et disciplinaires spécifiques, et sur le même objet d’étude plusieurs communautés peuvent coexister, être en concurrence, circuler, et agir de façon transnationale, sans pour autant toujours édifier un espace commun cohérent.
Dans ces espaces globaux que sont les réseaux scientifiques et les institutions internationales, théories et connaissances se traduisent différemment dans différents champs d’expertise, avec des impacts variés sur les politiques publiques, selon les inégalités structurelles et les contextes politiques qui donnent leur forme au financement, aux catégories d’analyse et à la réception publique de la connaissance. 
Mis à jour le 22 novembre 2019